Une erreur est survenue dans ce gadget

mercredi 13 avril 2011

À la tienne, mon pote Georges !

Ça y est, il est parti... Mon pote Georges… Ho, ça n’a pas été facile : il a souffert sur la fin… A en mourir : c’est d’ailleurs ce qu’il a fait. C’est à l’Institut Gustave Roussy, établissement bien connu des « Pêcheurs de crabes » qu’il a expiré son dernier souffle… Et c’est au Bar du Commerce qu’il a bu son dernier « Alsace de bistrot » !

Grand ferrariste devant l’éternel
 
Un jour « il y a 7 ans », en quête de « bolide de Maranello » pour un reportage vidéo, je demande à un pote : « Dis donc, tu connais personne qu'a une Ferrari dans le coin ? Je dois faire un 6 mn sur la marque et il me faut un proprio pour illustrer mon sujet... » Mon pote me répond : « Va voir Georges, il a un 246 Dino GT, ça devrait faire l'affaire ! »
C’est comme ça que j’ai rencontré Georges pour la première fois. Il était au comptoir d’un rade tenue par une (ex-)maquerelle, en pleine partie de 421 avec une poignée de nez de boeufs. Lui, avec sa grande taille et son costard clairet, dépareillait avec l’ambiance remarquablement glauque qui régnait dans l’estaminet. 


















Il se résout enfin à quitter la partie, paye une tournée à ses camarades de piste, une autre à ma pomme et à notre ami commun. On taille une bavette et au fil du goulot, on se trouve une poignée d’affinités communes… On se quitte avec un rendez-vous à la clef pour un tournage sous huitaine...

Le jour venu, malgré le temps maussade d’une fin d’automne dépressive, il est tout guilleret le Georges ! Tout content que sa caisse fasse l’objet de toutes les attentions de la presse audiovisuelle ! Parce qu’il avait un peu ce côté-là : il aimait bien « se la péter » de temps en temps et, au fil du temps, j’ai appris à ne pas lui en tenir rigueur car cela faisait aussi partie du charme du personnage.

La séance photo et le tournage se passent plutôt bien : on bosse le matin et après on verra… Mais alors, la caisse était dans un état ! Elle n’avait pas vu l’ombre d’une peau de chamois depuis des lustres, si on peut dire… Il était aussi comme ça Georges : il ne se faisait pas chier à préparer ou à nettoyer quoi que ce soit ! Moi, avec mon pote « Grandissime », on était hilares : « Elle est vraiment dans son jus ta bagnole : même la crasse date de 1972 » !


















On tournait dans un petit bled où habitaient mes parents. Mon père, (également disparu) spécialiste et restaurateur de voiture reconnu, était venu reluquer la bestiole italienne. Vous auriez vu la tête de Georges lorsque mon père lui a dit : « Je connais bien ce modèle, on la surnommait “la petite Ferrari“ et j’en ai vu plusieurs prendre feu ! ». Après ces bonnes paroles paternelles, nous sommes partis déjeuner chez notre pote « le gros Franck » qui tenait auberge à une vingtaine de bornes de là…

Il avait tout fait, enfin presque…

Cultivé il était le gars. Il est vrai que sa jeunesse « dorée » lui avait facilité « l’accès à la culture » comme on dit aujourd’hui. Il a roulé dans tout ce qui roule, volé dans tout ce qui vole, navigué sur tout ce qui flotte voire skié sur tout ce qui glisse et c’était vrai ! Il avait visité tous les volcans actifs du monde, voyagé en first classe autour de la planète, avait eu des aventures incroyables aux quatre coins du globe et c’était vrai !


















Fou de musique en général et de jazz en particulier, il s’était payé un véritable studio d’enregistrement avec une table de mixage longue comme une piscine olympique, des micros Neumann et tout ce qu’il y avait de mieux. Il en faisait profiter ses potes musiciens du « temps de sa splendeur ». Lorsqu’on est riche, jeune et pas moche : on a beaucoup « d’amis » ça c’est sûr… Alors, c’était le temps des soirées et des javas interminables, des palettes de champagne, des discussions philosophiques jusqu’au petit matin… C’était le temps des rencontres aussi : tout le gratin du sud de Paris appréciait la générosité et les fêtes de ce « fils de bonne famille » dont le père avait fait fortune dans les assurances au lendemain de la guerre. Filles en veux tu en voilà : il a même fini par épouser un véritable mannequin… Qui l’a ensuite quitté pour un libanais plus riche que lui !


















Mais il n’y a pas que les « Arts du bruit » qui l’intéressait, il y avait aussi les « Arts du silence » : la peinture, la sculpture, avec une prédilection pour l’Art moderne mais aussi les « Arts premiers » comme on dit aujourd’hui. Alors il achetait, Georges. Il se laissait entraîner dans les galeries plus ou moins connues et craquait son blé suivant ses coups de cœurs… Il investissait également « à fond perdu » dans des artistes locaux quoique certains ont fini tout de même par atterrir dans les bonnes feuilles de la côte Akoun ! Il n’avait pas l’achat compulsif, il n’était pas non plus un amasseur non… En fait il achetait le plus souvent pour se faire plaisir, c'est-à-dire pour offrir car Georges, son plus grand plaisir, c’était d’offrir ! Quant il achetait pour lui, c’était souvent « décalé » ou alors très classe, histoire d’en jeter auprès de ses « amis » : le « Standainge » quoi !

Un assureur qui assurait pour de vrai !

Après des études poursuivies dans une école internationale aujourd’hui disparue et un service sous les drapeaux de rigueur à l’époque, Georges devint donc assureur avec la bénédiction familiale. Des anecdotes de boulot, il m’en a raconté de quoi faire un bouquin. Ce qu’il en ressort, encore une fois, c’était sa gentillesse envers ses « clients ». Juriste passionné, il en a démêlé des histoires de sous, de litiges, de dégâts des eaux aussi… Mais toujours en favorisant le client. Entuber pour le fric, comme un bon nombre de ses homologues contemporains ce n’était pas et cela n’a jamais été son truc. Lui, il était honnête. Trop, dirons certains, mais cela ne les empêchera pas non plus de finir dans un trou ou d’être réduits en cendres comme tout le monde !

Bon, les mauvaises langues diront que cela ne se fait pas de visiter ses clients agriculteurs en Ferrari ! Mais Georges m’a toujours soutenu le contraire : « C’est des conneries » me disait-il, un brin amusé par la jalousie notoire qu’il suscitait parfois dans son entourage. « Surtout parmi les gueux » précisait-il !


















Abandonnant au fil du temps ses activités d’assureurs, il continuait néanmoins d’aider certains de ses « amis » dans la gestion de leurs sociétés. Prodiguant conseils avec argumentaire de bon aloi car Georges maîtrisait toutes les subtilités du jargon. Mais ses compétences se dissipaient au fur et à mesure qu’il sombrait, tout marin qu’il était, dans les affres d’un éthilisme qui a fini par l’engloutir à jamais…

À Dieu mon pote

Nul ne sait et ceux qui savent fermeront leurs gueules de toutes façons : pourquoi Georges s’est autant galvaudé dans la fiente et le sordide les dernières années de sa vie ? Lorsque je l’ai connu, il affichait déjà une belle tremblote des pognes qu’il justifiait sans trop insister par un « Dupuytren d’excuse »… Il en ramassait 2 par jours : une le midi et une le soir et, d’après ses con-(dé)génères de bistrot, cela faisait des années qu’il en était ainsi.

















Après avoir fait le tour du monde, après avoir été adulé, courtisé par toute la gentry locale, voire départementale, comment cet homme au demeurant brillant, est-il passé d’un « alcoolisme mondain » de bon ton au milieu de tous ces entrepreneurs, ces avocats, ces médecins, ces huissiers, ces gros agriculteurs… A devenir un (brillant certes) pilier de comptoir occupant sa matinée à faire les mots croisés tremblotants du « Pourisien » sur le zinc des rades les plus cradingues au milieu de tous ces cons qui le jalousaient et à qui il offrait néanmoins à tiser ? Je vous passe la description de ses soirées au milieu de radasses en tous genres : mannequins de chez Olida, putes anorexiques et autres toxicos aux cervelles de passoires…


















Enfin bon, c’était quelqu’un que j’appréciais pour ses qualités de gentillesse, de droiture morale même si cela semble paradoxal par rapport à sa déchéance. Moi je l’aimai bien Georges, même si parfois il me cassait les noix pour qu’on boive un coup ensemble… Ces derniers temps, on ne se voyait plus qu’une fois par mois, au bistrot bien entendu. Lui devenait de plus en plus malade, physiquement et mentalement… La mémoire le quittait, la vie aussi.

















Alors je te le promets Georges, on s’reverra la haut et on s’fera une partie de 421 comme tu les aimais, en citant Voltaire ou bien d’Alembert au milieu de tous ces incultes qui seront devenus des anges sans trou !

Le Renifleur


In memoriam


1 commentaire:

  1. Une pensée émue pour ce grand bonhomme à la date de ce jour...

    RépondreSupprimer